Réalisée entre Rome et Paris, la série eee - espèce exotique envahissante s’interroge sur la catégorisation des oiseaux en milieu urbain à travers la figure animale de la perruche à collier. Chaque image s’imbrique dans une fantasmagorie où tout être cherche à s’émanciper des legs de la pensée naturaliste.
Originaire d’Afrique centrale et d’Asie, la perruche à collier est présente dans de nombreuses grandes villes européennes après avoir été introduite de façon accidentelle ou volontaire par l’homme. Considéré par la France comme une menace pour les écosystèmes, les habitats naturels ou les espèces locales, cet oiseau figure depuis 2018 parmi les « espèces exotiques envahissantes ». Une classification qui autorise une régulation par euthanasie, et ce, malgré une importante étude réalisée en 2020 de l’Université Paris-Saclay, du Muséum national d’Histoire naturelle, d’AgroParisTech et du CNRS1 montrant une compétitivité très relative de la Psittacula krameri (nom scientifique) en matière d’accès aux ressources alimentaires ainsi qu’à la nidification.
« Pour qu’une espèce envahissante s’installe durablement, il ne suffit pas qu’elle se déplace vers de nouveaux espaces, il faut également qu’elle y rencontre des écosystèmes suffisamment perturbés desquels elle trouvera une niche écologique vacante. »
Dans la lignée de nos politiques migratoires, les mesures environnementales éclipsent les animaux du réel en les dépossédant de leur histoire. Ils deviennent des masses figées en un bloc homogène afin d’annihiler l’essence même de toute individualité propre à chaque humain·e et non humain·e.
Par le biais de ce rapport de domination, l’homme s’extirpe une nouvelle fois du monde animal alors que la communauté scientifique s’accorde tout de même à dire que l’ensemble des vertébrés (et probablement de nombreux invertébrés) sont sentients, une frontière qui ne cesse de reculer ces dernières années.
À l’instar du soleil qui guide les oiseaux, ces contradictions ne nous invitent-elles donc pas à reconsidérer notre animalité et repenser les fondements de l’écologie actuelle par le prisme d’une d’éthique animaliste ?